Les neurosciences dans les apprentissages

Quelques publications (avec bibliographie) sur le site Thot Cursus : https://cursus.edu/fr/recherche?motcle=neuro-pédagogie

Les organisations du travail apprenantes : enjeux et défis pour la France

Les documents de travail de France Stratégie présentent les travaux de recherche réalisés par ses experts, seuls ou en collaboration avec des experts extérieurs. L’objet de leur diffusion est de susciter le débat et d’appeler commentaires et critiques. Les documents de cette série sont publiés sous la responsabilité éditoriale du commissaire général. Les opinions et recommandations qui y figurent engagent leurs
auteurs et n’ont pas vocation à refléter la position du Gouvernement.

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Le nouvel âge de la formation professionnelle

Terra Nova a publié en mai 2022 un rapport intitulé « le nouvel âge de la formation professionnelle« . Si la formation professionnelle est devenue une question centrale ces dix dernières années, c’est parce qu’elle est tout à la fois un enjeu d’émancipation sociale et un objectif de compétitivité, de croissance et de développement.

Des progrès significatifs ont été réalisés dans cette direction : l’attention portée à ce sujet s’est beaucoup développée, des moyens conséquents lui ont été alloués, l’appétence à la formation s’est accrue chez les salariés, l’accès à la formation a été simplifié et partiellement détaché des employeurs : plus de 700 000 contrats d’apprentissage en 2021, plus d’un million de formations validées dans le cadre du Compte personnel de formation.

Mais un long chemin reste à parcourir et un nouvel élan doit être donné dans les cinq ans qui viennent. « En dépit de leurs efforts, la culture des progressistes en matière de formation est encore marquée par l’empreinte de l’élitisme méritocratique, de l’académisme pédagogique et de l’individualisme… » Si bien qu’ils ne savent pas toujours répondre à ceux qui auraient le plus besoin de formation mais qui s’en méfient, n’ont pas envie de « retourner à l’école » et réclament au préalable de la protection. Ce sont aussi bien souvent ceux qui sont les moins à même de s’orienter vers les formations les plus appropriées.

Dans le même temps, le besoin de formation n’a cessé de se renforcer avec le développement économique et les mutations technologiques rapides qui affectent le marché du travail. La nécessité de contrer l’obsolescence d’une partie de la force de travail s’est accrue. Le vieillissement de la main d’œuvre et de ses compétences, l’innovation technologique, la part plus importante en France que dans le reste de l’Union européenne de la force de travail peu ou non qualifiée exigent une accélération des mesures visant en particulier l’amélioration des compétences moyennes.

Face à la lenteur des progrès, le vieillissement, la technologie, la part plus importante en France que dans le reste de l’Union européenne de la force de travail peu ou non qualifiée exigent une accélération des mesures visant à l’amélioration des compétences moyennes.

Terra nova fait ainsi dix propositions, tel que :

  • créer un contrat emploi-formation universel pour les 17-25 ans,
  • déployer plus de formations éligibles à l’apprentissage,
  • faire valoir et renouveler ses compétences tout au long de la vie,
  • accélérer l’investissement en formation non obligatoire par un crédit impôt formation,
  • lancer un grand plan de l’apprentissage dans les secteurs de la santé et du service à la personne,
  • faciliter matériellement le suivi de la formation.

Cap Métiers Nouvelle Aquitaine – 12 05 22

La méthode Griso, aborder l’illettrisme autrement

Avant de créer sa propre structure, Graziella Griso s’est consacrée pendant plusieurs années à l’enseignement du Français Langue Etrangère. Elle a été évaluatrice dans une plateforme d’évaluation et d’orientation. Au sein de son organisme « Méli-Mémo », créé à Agen en 2017, elle reçoit par petits groupes des personnes en situation d’illettrisme ou d’origine étrangère qui veulent perfectionner leur français, ou encore qui souffrent de « troubles DYS ».

Elle applique au quotidien la « méthode Griso », qu’elle a formalisé en mettant à profit les périodes de confinement. Une méthode en dix étapes chronologiques, à utiliser selon le profil de chaque personne, à son rythme. Elle convient à tous les apprenants, même ceux qui ne connaissent pas les lettres de l’alphabet.

« Dans un deuxième temps, lorsque les personnes commencent à bien déchiffrer, je leur propose de travailler avec 5 petits livres sur des thèmes du quotidien. Des thèmes « adultes » et des « besoins d’urgence », comme la carie, le bus, les élections ou le permis. Je les ai écrits parce que, en général, les adultes qui ont besoin de travailler sur les savoirs de base ne disposent que d’outils qui s’adressent au public jeune. C’est peu adapté à leur situation. »

Tous ces livres se présentent sous le même format, dans une logique de progression de par leur longueur, le vocabulaire employé, la répétition des mots déjà lus dans les livres précédents, des termes plus complexes au fur et à mesure des histoires, etc. L’objectif commun à tous les ouvrages est de travailler sur des compétences transversales, le développement personnel, la persévérance et l’autonomie.

 

« C’est un public fragile. Par exemple, le premier livre de la série, « la carie », s’adresse aux personnes qui ne vont pas se faire soigner. J’en ai fait un sur les élections, parce que le fait d’aller voter présente beaucoup d’obstacles quand on ne sait pas lire. Si les personnes se sentent capables, elles peuvent repartir avec le livre et aller le lire chez elles. »

La publicité comme support d’apprentissage

En plus de ces livres, le cœur de la méthode Griso avec les personnes en situation d’illettrisme, c’est l’utilisation de documents « authentiques », particulièrement des prospectus publicitaires. « C’est très efficace, il y a énormément d’éléments à travailler sur ce genre de supports. Et ça intéresse les gens, tout simplement parce qu’ils font les courses et que c’est quelque chose qui va leur servir. C’est là où on commence à créer une utilité, un besoin. »

Toutes les informations contenues dans ces dépliants se transforment en levier d’apprentissage : les poids et les mesures, les pourcentages, l’origine des produits qui sont un prétexte pour s’intéresser aux pays de provenance. Les dates également, les jours et les mois de l’année étant des concepts difficiles à manier pour les personnes en situation d’illettrisme.

« J’essaie de donner un sens à l’apprentissage, d’aboutir à l’autonomie et la confiance en soi, parce que les gens ne restent pas chez moi éternellement. Même quand ils ne viennent pas en séance, ils peuvent se débrouiller tout seuls, utiliser les supports qu’ils reçoivent dans leur boite aux lettres. Ils le font sans avoir l’impression de faire des « devoirs. » D’ailleurs, j’évite tout ce qui leur rappelle leur passé scolaire, et donc l’échec. Si on perd ces publics à cause d’une méthode qui ne leur plaît pas, on les perd définitivement. »

Les apprenants suivent des parcours de 140 h, en entrées sorties permanentes, selon un rythme assez soutenu, soit 9 heures par semaine en 3 séances. Avec le travail en petit groupe de 4, ils trouvent leur compte et un sens à l’apprentissage. « Ce qui est sûr, c’est qu’il faut un délai d’environ une année. Il faut tenir le rythme et ça ne pose pas de problème à personne. Je crois vraiment que si on leur propose quelque chose qui leur plait et qui leur sert, c’est gagné. Surtout si les progrès sont visibles. »

La méthode est assez souple pour s’adapter à tous les profils, quel que soit l’âge ou le niveau de maîtrise de la langue. Avec 4 personnes, il est plus facile d’installer une dynamique de groupe, ou de faire travailler en binôme des personnes qui ont le même niveau. Au besoin, il est possible d’improviser des séances sans perturber la progression. Graziella Griso n’hésite pas à mélanger les publics, à intégrer des réfugiés. Elle y trouve un intérêt parce que chacun a potentiellement quelque chose à apporter aux autres. Les personnes en situation d’illettrisme connaissent le vocabulaire français et peuvent aider les personnes étrangères. A l’inverse, les « FLE » qui savent lire dans leur langue, même s’ils ne connaissent pas le sens des mots français, peuvent aider ceux qui ont des difficultés de lecture. L’ambiance est bonne et propice à l’apprentissage. Le contexte est important, il n’y a pas que l’oral et l’écrit qui entre en ligne de compte.

Autre but du projet soutenu par la Région dans le cadre de l’appel à projets « Illettrisme et illectronisme », former les bénévoles intervenant au sein d’associations spécialisées dans la lutte contre l’illettrisme, ou celles qui envisagent d’accompagner ces publics.

« Je propose de former les bénévoles à ma méthode afin qu’ils soient mieux outillés. Deux journées de formation, avec théorie et pratique, par groupes de 4 aussi, de manière à leur montrer la dynamique qu’on retrouve avec les apprenants. Ils suivent la même méthode, avec les mêmes supports publicitaires, exploitent les documents pour voir ce qui en ressort. Je propose aussi à des bénévoles de voir ce que je fais en cours lors de modules de suivi. C’est plus concret pour eux, ils visualisent mieux la mise en œuvre. »

Une méthode clés en main

A l’issue de la formation, les bénévoles repartent avec un coffret qui contient les 5 livres, ainsi qu’un document spécifique aux accompagnateurs, un livret didactique à utiliser comme fil conducteur lors de leurs interventions. Pour chacun des livrets, il les aide à mettre en place des activités. Mais les bénévoles peuvent aussi partir de leurs propres idées.

« On peut avoir l’impression que l’illettrisme et les savoirs de base, c’est très compliqué à mettre en route. Je veux désacraliser tout ça. Avec une méthode accessible et un fil conducteur, je crois que n’importe qui est capable de le faire. Une fois que vous avez compris comment monter une séance type, vous pouvez trouver des choses à faire faire aux gens, même de façon improvisée. Je pense que si on manque de bénévoles, c’est justement parce qu’on pense que s’occuper de personnes en situation d’illettrisme est trop complexe. J’ai envie de montrer que si on a une méthode qui fonctionne, ça peut être facile autant pour le formateur que pour l’apprenant. »

Malgré le contexte, la méthode a pu être lancée, formalisée et les livrets édités. Un livret descriptif, sorte de guide du formateur, viendra bientôt s’ajouter à l’ensemble. Pour varier les supports, un travail est en cours sur la création d’un jeu de cartes qui permettrait d’arriver petit à petit vers la conjugaison, à la construction de phrases simples. Reste à faire la promotion de l’outil auprès des bénévoles et, à terme, des professionnels. « J’ai commencé avec les bénévoles, il faut déjà que je légitime tout ça avant d’éventuellement m’adresser à des accompagnateurs professionnels. Et plus globalement à tous les intervenants qui expriment un besoin de se doter d’une méthode facile à prendre en main. »

Cap Métiers Nouvelle Aquitaine – 12/05/2022

Handicap : les organismes de formation au coeur des priorités de l’Agefiph

Lors de la présentation de son rapport d’activité 2021 jeudi 12 mai,
l’Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des
personnes handicapées (Agefiph) a témoigné de la volonté d’accompagner
de façon toujours plus pointue les organismes de formation et centres de
formation des apprentis.
Par Sophie Massieu – Le 13 mai 2022. Centre Inffo

Centraliser les outils et des informations qui leur sont destinés, développer une offre d’appui à la prise en compte de l’accessibilité numérique dans leurs cursus, les soutenir dans la mise en place et la professionnalisation de leurs référents handicap… En présentant le bilan d’activité 2021 de l’association,
Didier Eyssartier, directeur général, et Christophe Roth, président, ont souligné la volonté de l’Agefiph de soutenir les organismes de formation et les centres de formation des apprentis pour leur permettre de développer une politique toujours plus inclusive des stagiaires, qu’ils soient ou non porteurs de handicap.
Car si le taux de chômage des personnes handicapées n’a jamais été si bas (474 171 demandeurs d’emploi en situation de handicap au 31 décembre dernier), la durée d’inscription, elle, ne cesse d’augmenter puisque 3 demandeurs d’emploi sur cinq porteurs de handicap sont des chômeurs de longue durée, un chiffre en hausse de 5 % en un an. La vigilance reste donc de mise et pour l’Agefiph, la formation représente un outil de première importance pour que les personnes y compris éloignées de l’emploi trouvent leur place sur le marché du travail.

Un taux d’emploi encore très en-deçà des 6 %

Pour preuve ? Elle estime que l’augmentation des embauches (+20 % en un an) a été portée en partie par l’accent mis sur l’alternance. Elle se félicite d’avoir soutenu 4828 contrats supplémentaires de ce type en 2021. De façon plus globale, elle a soutenu 39 792 actions de formation.
Avec 3,5 % en équivalents temps plein, le taux d’emploi des personnes handicapées dans le secteur privé reste toutefois très en-deçà de l’obligation légale de 6 %, pourtant âgée de 35 ans, puisqu’inscrite dans la loi de 1987, qui créait l’Agefiph. Aussi l’association se fixe-t-elle comme objectif, d’ici à 2024, de voir ce taux s’élever à plus de 4 %.

Accompagnement de publics ciblés

Pour l’atteindre, outre les actions de formation, elle prévoit un accompagnement de publics ciblés, les jeunes et les seniors en particulier. A cette fin, elle a souscrit à divers partenariats nouveaux, avec l’Apec
(Association pour l’emploi des cadres), ou l’association des missions locales. Pour renforcer le taux d’emploi, elle annonce collaborer encore davantage avec les secteurs en tension (hôtellerie restauration, numérique…).

Synthèse de toutes ces ambitions et cap sur les années à venir, un nouveau plan stratégique, 2023-2027 devrait être annoncé à la fin de l’année. Et, autre événement de fin d’année, la 26 édition de la Semaine
européenne pour l’emploi des personnes handicapées. Elle se tiendra du 14 au 20 novembre et questionnera : à quand le plein emploi pour les personnes handicapées ?

Réforme de la VAE : « Nous avons un vrai droit à l’innovation » (Olivier Gérard, Beta.gouv.fr)

A l’initiative de la ministre du Travail Élisabeth Borne, une vaste expérimentation de réforme de la validation des acquis de l’expérience (VAE) a démarré à la mi-septembre dans le cadre de Beta.gouv.fr. Le cadre idéal pour innover. Par  – Le 09 novembre 2021.

 

Qu’il s’agisse du rapport de l’Igas de 2016[ 1 ] ou du rapport Rivoire de 2020[ 2 ], remis mais non publié à ce jour par le ministère du Travail, les conclusions sont les mêmes : le dispositif de validation des acquis de l’expérience (VAE) créé par Vincent Merle et Nicole Péry en 2002 présente une utilité sociale incontestée, mais n’a jamais réussi à atteindre le rythme de croisière espéré. La faute, selon les experts, à une complexité rebutante pour nombre de candidats et à une lenteur procédurale dommageable à l’intérêt de la démarche.

D’où l’expérimentation démarrée à la mi-septembre sur initiative du ministère du Travail en association avec trois autres ministères certificateurs (Cohésion sociale, Santé et Agriculture) et la branche professionnelle du particulier employeur. Afin de pouvoir s’affranchir des dispositions du code du Travail et du code de l’Éducation nationale qui régissent la VAE, l’expérimentation interministérielle s’effectue en droit futur. Sous contrainte d’un calendrier resserré à l’extrême, les partenaires se concentrent sur les phases de recevabilité et d’obtention de la certification visée. Six régions participent à l’expérimentation : Auvergne-Rhône-Alpes, Grand Est, Hauts de France, Ile de France, Occitanie, Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Recevabilité en huit jours

L’objectif principal est à la fois « simple et compliqué », explique Olivier Gérard, chef de projet Reva au sein de l’incubateur d’État beta.gouv.fr  : démontrer d’ici à janvier 2022 qu’il est possible de raccourcir drastiquement les délais d’un parcours VAE. Depuis la mi-septembre, deux cents candidats disposant d’un « vrai parcours » et d’une « vraie expérience » dans sept métiers du soin et de la dépendance participent à l’expérience. Selon Olivier Gérard, la moitié a déjà montré qu’il était possible de passer l’étape de recevabilité en huit jours. Pour tenir compte de la variété des publics, l’expérimentation travaille sur des modalités d’accompagnement individuel et, dans les régions Ile de France et Auvergne-Rhône-Alpes, collectif.

Pour certains publics en difficulté, l’expérimentation montre que l’accompagnement de 24 heures est suffisant sous réserve que le certificateur ait de réelles interactions avec le candidat. « Pour des gens plus éloignés, non pas du métier mais sur leur savoir-être, leur niveau scolaire, etc., on a structuré un accompagnement renforcé qui peut durer jusqu’à 250 heures et qui s’effectue cette fois non pas avec les certificateurs mais avec des structures d’accompagnement », précise Olivier Gérard. Convaincu qu’un parcours VAE bien encadré peut se faire en six mois, Olivier Gérard souligne le changement de paradigme : « notre idée est de fabriquer de la norme à partir des utilisateurs, on met le candidat au cœur du système et on lui fait tester de bout en bout tout ce que l’on construit. »

Un portail VAE unique

En parallèle, l’expérimentation Reva jette les bases de ce qui pourrait être à terme un portail VAE numérique unique et partagé par tous les certificateurs. Olivier Gérard le souligne, l’ambition ne se limite pas à la digitalisation du process mais vise également à ouvrir la VAE à l’ensemble du marché, qu’il s’agisse des « diplômes de l’Éducation nationale, des titres ou des CQP. » Si un tel projet ne pourra pas être opérationnel avant deux ans, l’objectif premier est de présenter une première version d’ici à février 2022 en se concentrant sur l’étape de recevabilité et l’étape finale de clôture. Déjà opérationnelle, la première brique, à considérer comme une version de travail et visible sur reva.beta.gouv.fr, permet de visualiser l’étape de choix des titres qui enclenche le questionnaire. Les autres points sont pour l’instant abordés dans le cadre de « maquettes de potentiels. »

Vertus de l’innovation

Au-delà du cadre restreint de l’expérimentation, Olivier Gérard relève que l’agilité de la méthode beta.gouv permet de réfléchir à ce que pourra être une future loi d’évolution de la VAE. « Ce qui est intéressant dans la démarche d’Élisabeth Borne, conclut-il, c’est que le temps nous force à être innovant et que nous disposons d’un vrai droit à l’innovation. Tout l’enjeu est de montrer qu’un certain nombre de de points de friction peuvent être levés facilement et qu’il y aura des points plus importants à traiter dans le cadre d’une négociation collective avec les partenaires sociaux. »

Alors qu’une très grande majorité des VAE relève des diplômes de l’Éducation nationale, reste à déterminer comment le 110 rue de Grenelle rejoindra – ou pas – cet élan.