Handicap : les organismes de formation au coeur des priorités de l’Agefiph

Lors de la présentation de son rapport d’activité 2021 jeudi 12 mai,
l’Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des
personnes handicapées (Agefiph) a témoigné de la volonté d’accompagner
de façon toujours plus pointue les organismes de formation et centres de
formation des apprentis.
Par Sophie Massieu – Le 13 mai 2022. Centre Inffo

Centraliser les outils et des informations qui leur sont destinés, développer une offre d’appui à la prise en compte de l’accessibilité numérique dans leurs cursus, les soutenir dans la mise en place et la professionnalisation de leurs référents handicap… En présentant le bilan d’activité 2021 de l’association,
Didier Eyssartier, directeur général, et Christophe Roth, président, ont souligné la volonté de l’Agefiph de soutenir les organismes de formation et les centres de formation des apprentis pour leur permettre de développer une politique toujours plus inclusive des stagiaires, qu’ils soient ou non porteurs de handicap.
Car si le taux de chômage des personnes handicapées n’a jamais été si bas (474 171 demandeurs d’emploi en situation de handicap au 31 décembre dernier), la durée d’inscription, elle, ne cesse d’augmenter puisque 3 demandeurs d’emploi sur cinq porteurs de handicap sont des chômeurs de longue durée, un chiffre en hausse de 5 % en un an. La vigilance reste donc de mise et pour l’Agefiph, la formation représente un outil de première importance pour que les personnes y compris éloignées de l’emploi trouvent leur place sur le marché du travail.

Un taux d’emploi encore très en-deçà des 6 %

Pour preuve ? Elle estime que l’augmentation des embauches (+20 % en un an) a été portée en partie par l’accent mis sur l’alternance. Elle se félicite d’avoir soutenu 4828 contrats supplémentaires de ce type en 2021. De façon plus globale, elle a soutenu 39 792 actions de formation.
Avec 3,5 % en équivalents temps plein, le taux d’emploi des personnes handicapées dans le secteur privé reste toutefois très en-deçà de l’obligation légale de 6 %, pourtant âgée de 35 ans, puisqu’inscrite dans la loi de 1987, qui créait l’Agefiph. Aussi l’association se fixe-t-elle comme objectif, d’ici à 2024, de voir ce taux s’élever à plus de 4 %.

Accompagnement de publics ciblés

Pour l’atteindre, outre les actions de formation, elle prévoit un accompagnement de publics ciblés, les jeunes et les seniors en particulier. A cette fin, elle a souscrit à divers partenariats nouveaux, avec l’Apec
(Association pour l’emploi des cadres), ou l’association des missions locales. Pour renforcer le taux d’emploi, elle annonce collaborer encore davantage avec les secteurs en tension (hôtellerie restauration, numérique…).

Synthèse de toutes ces ambitions et cap sur les années à venir, un nouveau plan stratégique, 2023-2027 devrait être annoncé à la fin de l’année. Et, autre événement de fin d’année, la 26 édition de la Semaine
européenne pour l’emploi des personnes handicapées. Elle se tiendra du 14 au 20 novembre et questionnera : à quand le plein emploi pour les personnes handicapées ?

Réforme de la VAE : « Nous avons un vrai droit à l’innovation » (Olivier Gérard, Beta.gouv.fr)

A l’initiative de la ministre du Travail Élisabeth Borne, une vaste expérimentation de réforme de la validation des acquis de l’expérience (VAE) a démarré à la mi-septembre dans le cadre de Beta.gouv.fr. Le cadre idéal pour innover. Par  – Le 09 novembre 2021.

 

Qu’il s’agisse du rapport de l’Igas de 2016[ 1 ] ou du rapport Rivoire de 2020[ 2 ], remis mais non publié à ce jour par le ministère du Travail, les conclusions sont les mêmes : le dispositif de validation des acquis de l’expérience (VAE) créé par Vincent Merle et Nicole Péry en 2002 présente une utilité sociale incontestée, mais n’a jamais réussi à atteindre le rythme de croisière espéré. La faute, selon les experts, à une complexité rebutante pour nombre de candidats et à une lenteur procédurale dommageable à l’intérêt de la démarche.

D’où l’expérimentation démarrée à la mi-septembre sur initiative du ministère du Travail en association avec trois autres ministères certificateurs (Cohésion sociale, Santé et Agriculture) et la branche professionnelle du particulier employeur. Afin de pouvoir s’affranchir des dispositions du code du Travail et du code de l’Éducation nationale qui régissent la VAE, l’expérimentation interministérielle s’effectue en droit futur. Sous contrainte d’un calendrier resserré à l’extrême, les partenaires se concentrent sur les phases de recevabilité et d’obtention de la certification visée. Six régions participent à l’expérimentation : Auvergne-Rhône-Alpes, Grand Est, Hauts de France, Ile de France, Occitanie, Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Recevabilité en huit jours

L’objectif principal est à la fois « simple et compliqué », explique Olivier Gérard, chef de projet Reva au sein de l’incubateur d’État beta.gouv.fr  : démontrer d’ici à janvier 2022 qu’il est possible de raccourcir drastiquement les délais d’un parcours VAE. Depuis la mi-septembre, deux cents candidats disposant d’un « vrai parcours » et d’une « vraie expérience » dans sept métiers du soin et de la dépendance participent à l’expérience. Selon Olivier Gérard, la moitié a déjà montré qu’il était possible de passer l’étape de recevabilité en huit jours. Pour tenir compte de la variété des publics, l’expérimentation travaille sur des modalités d’accompagnement individuel et, dans les régions Ile de France et Auvergne-Rhône-Alpes, collectif.

Pour certains publics en difficulté, l’expérimentation montre que l’accompagnement de 24 heures est suffisant sous réserve que le certificateur ait de réelles interactions avec le candidat. « Pour des gens plus éloignés, non pas du métier mais sur leur savoir-être, leur niveau scolaire, etc., on a structuré un accompagnement renforcé qui peut durer jusqu’à 250 heures et qui s’effectue cette fois non pas avec les certificateurs mais avec des structures d’accompagnement », précise Olivier Gérard. Convaincu qu’un parcours VAE bien encadré peut se faire en six mois, Olivier Gérard souligne le changement de paradigme : « notre idée est de fabriquer de la norme à partir des utilisateurs, on met le candidat au cœur du système et on lui fait tester de bout en bout tout ce que l’on construit. »

Un portail VAE unique

En parallèle, l’expérimentation Reva jette les bases de ce qui pourrait être à terme un portail VAE numérique unique et partagé par tous les certificateurs. Olivier Gérard le souligne, l’ambition ne se limite pas à la digitalisation du process mais vise également à ouvrir la VAE à l’ensemble du marché, qu’il s’agisse des « diplômes de l’Éducation nationale, des titres ou des CQP. » Si un tel projet ne pourra pas être opérationnel avant deux ans, l’objectif premier est de présenter une première version d’ici à février 2022 en se concentrant sur l’étape de recevabilité et l’étape finale de clôture. Déjà opérationnelle, la première brique, à considérer comme une version de travail et visible sur reva.beta.gouv.fr, permet de visualiser l’étape de choix des titres qui enclenche le questionnaire. Les autres points sont pour l’instant abordés dans le cadre de « maquettes de potentiels. »

Vertus de l’innovation

Au-delà du cadre restreint de l’expérimentation, Olivier Gérard relève que l’agilité de la méthode beta.gouv permet de réfléchir à ce que pourra être une future loi d’évolution de la VAE. « Ce qui est intéressant dans la démarche d’Élisabeth Borne, conclut-il, c’est que le temps nous force à être innovant et que nous disposons d’un vrai droit à l’innovation. Tout l’enjeu est de montrer qu’un certain nombre de de points de friction peuvent être levés facilement et qu’il y aura des points plus importants à traiter dans le cadre d’une négociation collective avec les partenaires sociaux. »

Alors qu’une très grande majorité des VAE relève des diplômes de l’Éducation nationale, reste à déterminer comment le 110 rue de Grenelle rejoindra – ou pas – cet élan.

Adecco déploie la VAE dans les métiers de la santé

Pour répondre à la pénurie d’aides-soignants, Adecco Medical a lancé  en 2021 un parcours de VAE destiné à ses salariés en CDI intérimaires. Fort de ce premier succès, le spécialiste de l’intérim renouvelle l’expérience en 2022 et l’ouvre aux auxiliaires de puériculture, aux infirmiers de santé au travail et aux moniteurs-éducateurs. Un levier de reconversion efficace et rapide.

La validation des acquis de l’expérience (VAE) a toute sa place dans l’arsenal des outils de reconversion professionnelle. Face à la pénurie d’aides-soignants encore accentuée par la crise sanitaire, Adecco Medicall’inscrit dans sa stratégie et lance, en 2021, un parcours de VAE. Levier d’engagement et de reconnaissance pour les salariés, plus rapide qu’une formation complète, le dispositif présente de nombreux atouts. Mais souvent jugé complexe à mettre en oeuvre, il reste sous-exploité.
Le spécialiste de l’intérim dispose d’une botte secrète après avoir racheté, en septembre 2020, le cabinet Les 2 Rives spécialisé dans la VAE. Adecco a ainsi pu s’appuyer sur l’expertise de sa filiale. Pierre angulaire du parcours proposé à 100 salariés en CDI intérimaire, un suivi des candidats tout au long du process.
« Nous avons prévu un accompagnement à hauteur de 84 heures sur 17 semaines. Ce coaching permet de lever des freins, de préparer à l’examen et de soutenir leur effort » , précise Nicolas Vial, directeur général d’Adecco Medical.

Ouverture de la VAE à d’autres métiers

Trois mois après leur entrée dans le parcours, 60 candidats ont passé l’examen, obtenu leur diplôme d’aide-soignant et décroché un emploi dans la foulée. Les quarante autres postulants sont en attente d’une convocation. L’expérience confirme les principaux freins à la VAE : la complexité de la phase de recevabilité et la disponibilité des jurys. L’expérimentation Reva engagée par le ministère du Travail cherche à gommer ces obstacles et pourrait aboutir à une réforme de la VAE. De son côté, Adecco, conforté par les premiers résultats de son expérimentation, intensifie sa stratégie en 2022 avec le lancement d’un nouveau sourcing de150 CDI intérimaires intéressés par le métier d’aide-soignant et une ouverture de ce dispositif aux auxiliaires de puériculture, aux infirmiers de santé au travail et aux moniteurs-éducateurs, eux aussi très recherchés parles professionnels de santé.
« Nous procédons par étapes mais notre volonté est bien de développer à grande échelle ce type de parcours » , confirme Nicolas Vial.

Résultats VAE 2021

VALIDATION des ACQUIS de l’EXPERIENCE – Projet régional collectif VAE

Nous avons poursuivi l’implication de notre réseau dans la promotion de la VAE en entreprise mais aussi pour les particuliers, dans cette action qui s’est terminée en décembre 2021. Les MIFE engagées dans ce projet (Ain Haute Loire et Cantal, Rhône, Haute Savoie) ont largement contribué à la réussite de l’action par leur présence dans les territoires auprès des établissements et des bénéficiaires.

Bilan de l’action : 196 personnes sont entrées en parcours VAE (démarrage des prestations fin 2019) :

– 151 DEAS (77%)

– 45 DEAES (23%)

Avec en plus de l’accompagnement VAE, un appui renforcé, un module de formation de 35h et pour certains également un module de formation de 70h.

Résultats en Décembre 2021 :

131 personnes ont déposé leur livret 2, soit 67 % de taux de dépôt (objectif : 70%).

60% de Validation Totale pour le DEAS (objectif : 55%).

94% de Validation Totale pour le DEAES (objectif : 75%).

Des taux de réussite fortement améliorés : hausse des validations totales VAE et réduction des validations partielles par rapport aux moyennes régionales.