Si elle veut conserver sa place de leader de la stratégie nationale de réindustrialisation, l’interindustrie rhônalpine doit miser sur une meilleure adéquation entre la formation et les besoins opérationnels des entreprises selon une étude de l’Observatoire compétences industrie (Opco 2i).
Par Valérie Grasset-Morel – Le 16 juillet 2025. Le quotidien de la formation
Chimie et pétrochimie, métallurgie et mécanique, électronique et technologies de pointe, plasturgie… La région Auvergne-Rhône-Alpes (Aura) est la première région industrielle de France en termes d’emploi (près de 480 000 salariés employés par plus de 19 500 établissements) et de valeur ajoutée industrielle, devant l’Île-de-France, selon le « Panorama emploi, compétences et formation de l’interindustrie en Aura » publié en juin par l’Observatoire compétences industrie (Opco 2i). Sa dynamique de relocalisation et ses ouvertures nettes de sites industriels en font un leader de la stratégie nationale de réindustrialisation.
29 branches professionnelles
L’interindustrie rhônalpine couvre 29 branches professionnelles avec une prédominance de la métallurgie, de la chimie et de la plasturgie. Si les grands centres urbains (Lyon, Grenoble, Saint-Étienne) concentrent une part significative des établissements, la majorité d’entre eux sont implantés en zones rurales. « Cette configuration géographique, conjuguée à une attractivité croissante des villes pour les jeunes actifs, génère des déséquilibres croissants entre lieux de vie et lieux d’emploi, accentuant les difficultés de recrutement dans les zones éloignées des métropoles. »
60% des projets d’embauche jugés difficiles
Depuis 2016, l’interindustrie régionale connaît une reprise soutenue de l’emploi mais cette dynamique s’accompagne de fortes tensions de recrutement. Près de 60 % des projets d’embauche sont jugés difficiles, en particulier dans les métiers de la production. « À horizon 2030, ce sont 56 000 recrutements annuels qui seront nécessaires pour répondre à la croissance, aux départs en retraite et aux mobilités professionnelles. » Tous les métiers sont concernés, avec un besoin notable dans la production (37 % des recrutements) et dans la conception et la R&D (près de 6 800 recrutements par an).
Mieux ajuster l’offre de formation aux attentes des entreprises
Si l’offre de formation industrielle en Aura se caractérise par sa densité et une bonne couverture du territoire régional, « des désajustements subsistent entre l’offre disponible et les attentes concrètes des entreprises ». Les formations scolaires sont parfois trop éloignées des réalités industrielles. « Une part importante des élèves de CAP ou Bac Pro poursuivent systématiquement leurs études vers des niveaux supérieurs (BTS, BUT), alors que les entreprises peinent à recruter sur ces premiers niveaux de qualification. Par ailleurs, certaines filières – comme les métiers d’art ou les professions techniques très spécialisées – rencontrent des difficultés de recrutement, en raison de leur faible nombre et de leur dispersion géographique. »
Leviers d’action complémentaires
L’étude invite les acteurs à agir en mobilisant plusieurs leviers complémentaires : renforcer l’attractivité des métiers industriels, notamment auprès des jeunes et des femmes ; développer des passerelles entre branches industrielles par la reconversion de techniciens ou d’ouvriers d’un secteur à un autre, développer la formation professionnelle et l’apprentissage, maintenir un maillage dense de formations industrielles afin de maintenir l’accessibilité aux compétences notamment dans les zones les plus éloignées des métropoles. Pour Stéphanie Lagalle-Baranès, directrice générale d’Opco 2i, « à l’heure des grandes mutations, il est essentiel d’agir de manière concertée filière par filière, bassin par bassin » sur chacun de ces points.

